Mon Histoire - partie 2
mardi 31 mars 2009 par Fredadmin
Pourquoi une femme trouve-t-elle mon amour etouffant alors que je ne fais qu’exprimer mon inquiétude pour autrui ?
Voilà une question qui m’est venue à l’esprit.
Ce jour là, étant chez moi, j’ai appelé celle qui m’a mis au monde afin de lui demander de me raconter comment s’était déroulée ma naissance.
Mon enfance, jusqu’à l’age de 7 ans environ, fut assez banale, quoi que... Baptisé catholique, Éducation dans les normes strictes de l’époque, très confortable, aisée, catholique, en respectant bien les traditions (baptême, communions, éducations, alimentation, médecine). Je ne me rappelle pas avoir manqué d’eau,de nourriture, d’avoir eu froid, etc..
Toutefois, je me rappelle d’évènements traumatisants.
La façon dont cette enfance a été vécue et surtout ressentie, m’a profondément touché, modelé, façonné. Il en est de même pour tous. Le contexte dans lequel nous vivons nous modèle, nous façonne.
Mais cette éducation là a tué ma spontanéité, mon optimisme, l’insouciance, ma joie de vivre, et la possibilité d’exprimer ce que je ressentais.
Les parents ne peuvent pas imaginer et écoutent rarement attentivement ce que les enfants ressentent quand ils sont faces à des images, des idées chocs.
Et pourtant, lorsque vous allez au cinéma voir un film, si vous questionnez à la sortie 10 personnes ayant vu exactement le même, elles auront toutes un avis, un ressenti différent.
C’est pareil pour la vie.
Pour des évènements identiques, le ressenti est tout autre.
Oui, ais-je du penser : "Sur cette terre, on ne fait pas ce que l’on veut, il faut obéir, s’adapter. Vous n’avez pas le droit d’avoir, ou plutôt nous n’avons pas le droit d’exprimer votre propre ressenti. Les adultes, les autres savent mieux que vous".
Très dur message que celui-là qui vous fait croire que ce que vous ressentez n’est pas juste et surtout qu’il ne faut pas écouter ce qui vit à l’intérieur de soi.
En continuant la lecture de ce livre, des souvenirs me reviennent.
Jusqu’à 7 ans environ donc, me furent imposées certaines limites, je dirais même que je pus comprendre que je n’étais naturellement pas conforme à l’image souhaitée pour vivre en société. Il fallait suivre une formation, un formatage, une éducation. Naturellement nous ne sommes pas conformes et pour être aimé il faut être conforme.
Mettre des limites, il le faut certainement, pour éviter qu’un enfant ne se blesse. Mais ce dont je parle n’a rien à voir avec ça. Je veux dire qu’il faut apprendre à l’enfant, dès son plus jeune age, de se faire confiance à lui-même, de se mettre à l’écoute de ce qui est vivant en lui, même si ce ressenti peut sembler anormal.
Comme le chante F.Gall, "Ceux qui ne sont pas comme nous, ça nous dérange".
Par exemple, écrire de la main gauche à l’école n’était pas correct. D’où, obligation d’adapter mon écriture. Apprendre à écrire à la main droite fut bien pénible quelques fois.
Que de moqueries de certains, que de frustrations. !!(dur à avaler, encore une fois)
Même dans ma partie la plus intime, je n’étais pas adapté. Alors que je ne percevais aucune douleur, donc sans raison, injustement pensais-je, vers mes 5 ans, il a fallu subir le sort que vivent la majorité des musulmans et juifs ; (la douleur de la circoncision), sans que je n’y comprenne quoi que ce soit.
Là aussi je ne suis pas contre ça, mais il y a une façon d’expliquer à l’enfant.
Bien plus tard, vers les 10 ans, me voyant si différent, si anormal, je n’oserai plus aller dans les vestiaires avec les autres, de peur d’affronter leur moqueries, leur regards.
Décidément, je ne serais jamais aimé tel que je suis, naturellement.
Un régime alimentaire traditionnel fut imposé parfois de façon violente. Je ne vais pas ici retranscrire la violence des regards perçus dans les yeux de mon père, ce serait difficile, mais je me rappelle qu’à de nombreuses reprises, sans hésiter, la force, la dureté, la violence verbale et surtout non-verbale fut employée pour me faire avaler cette viande filandreuse que j’avais en bouche et que je détestais. Je ne sais combien de temps cela durait, mais le temps que je devais rester devant mon assiette avec cette viande me paraissait une éternité. Et si ce n’était pas enfoncé de force dans la gorge, c’était mis au frigo pour recommencer le soir. Oui, j’étais privé de dessert et d’affection surtout, puisque je pleurais, puisque pas obéissant.
J’étais pas un gentil garçon digne d’être aimé car je n’étais pas conforme à l’idée que mes parents se faisaient de moi.
Mais il fallait que je le mange. (encore dur à avaler). Ils ont insisté, encore et encore ! Envie de vomir. Aller au lit, sans affection, sans compassion ! Tout ça pour mon bien, au nom de l’amour, certainement.
Aller coucher en pleurant. Ce que je ressentais n’avait aucune importance pensais-je, ils s’en fichaient. Cela n’intéressait personne. J’étais le mauvais garçon. Je ne faisais rien de mal. Rien de méchant. Juste que je n’aimais pas ce goût. Je ne voulais pas désobéir au parents mais je n’écoutais pas ce que me disait mon corps. Je n’étais pas son ami.
J’aurais bien voulu sentir que je comptais plus pour eux que le fait d’ingurgiter une bouchée de plus de carbonnades. J’aurais bien aimé qu’ils comprennent que je n’aimais pas ce goût. Ne pas m’obliger à faire des choses que je ne voulais pas. Que j’écoute mes besoins ! Mais il fallait que je le fasse si je voulais survivre. Avec tous ces trucs que je faisais à contrecœur, je me sentais vraiment seul. Et pourtant, ma pauvre grande soeur Dominique était dans la même situation je pense.
Mais, quelque chose qui fut encore bien plus traumatisant il me semble, c’est d’avoir vu pendant des années des images et reportages "chocs".
Je pense sincèrement que pour qu’un enfant puisse grandir avec l’envie d’être en vie, il faut qu’il ait le goût de vivre, il faut vraiment qu’il en ait envie.
Très tôt dans mon enfance, il m’a été donné de voir des choses, (trop de choses peut-être) tristes, affreuses, dégoûtantes, inhumaines.
Durant bien des années, ayant entendu et vu les images atroces de la guerre du Vietnam avec ces bombes au Napalm, du Biafra et du Sahel avec ces enfants décharnés n’ayant plus que leur peau sur les os, ayant vu les images de Minnamata au Japon, dans ce petit port où des milliers de gens sont morts empoisonnés par le mercure des industries chimiques, et aussi Bophal, en Inde, après avoir vu des tas d’images sur les risques liés à l’exploitation de l’énergie nucléaire, ayant vu des images de révolution comme au Chili ou au Salvador, etc.... je pense sincèrement que tout ça ne m’a pas donné envie de faire partie de cette société, d’être un homme. Tout cela m’a profondément marqué, influencé dans mes choix de comportement. Qui fallait-il suivre ? Des parents peut-être durs envers moi, ou une société absurde gérée par des hommes tellement fous. L’homme ne peut-il qu’être autoritaire, brutal, profiteur, pilleur, pollueur, violeur, tueur, méchant, bestial ?
Je me suis donc adapté, entré en conformité pour obtenir le certificat, (vous savez, c’est comme pour les voitures).
Que de choses ne m’a-t-on pas obligé à faire, à subir au nom de l’amour.
C’était bien sûr pour mon bien, bien entendu, sincèrement.
Mes parents m’aimaient, j’en suis certain.
Hitler en disait autant ! C’est pour le bien de l’Allemagne. Il le pensait réellement, car il a vu vécu la misère et l’humiliation avant, pendant et après la guerre 14-18. Il a vécu l’humiliation de l’Allemagne après le traité de Versailles. Il a voulu agir pour relever son pays d’une profonde misère. Il a aidé son peuple à se révolter contre un traîté de paix humiliant imposé par le gouvernement français après 1918. (Les français avaient très peur de voir l’Allemagne se redresser et recommencer la guerre).
Eh oui, La peur de la chose crée la chose !
Ainsi je fut obligé d’apprendre à nager, malgré la peur de l’eau, à l’époque. (Je suis certain que je serais aussi arrivé à aimer l’eau en y allant doucement, avec respect).
Obligé aussi d’accompagner les adultes dans des kermesses où se trouvent des attractions foraines avec des squelettes, de momies, des araignées à vous faire mourir de peur.
Non, vraiment, pas moyen que l’on tienne compte que j’existe, que j’ai des peurs, des sentiments, bref, que l’on tienne compte de "moi".
Une très profonde angoisse, tristesse et colère m’habitait.
Seul moyen d’y arriver, ne pas tenir compte de ce que "Je" ressentais, me couper de mon ressenti, de ce que mon coeur et mes tripes me disaient et suivre, paraître reconnaissant d’avoir pu apprendre tout ça avec eux, d’avoir des parents bienveillants et de vivre dans une telle richesse.
M’adapter et sourire même si au dedans la souffrance était insupportable.
Aimer ses propres bourreaux, fameux dilemme pour un gosse.
Chantage affectif, menaces d’être placé dans un pensionnat ou dans un asile.
Enfin, vers mes 10 ans, un évènement important c’est produit dans la famille.
Un changement de vie radical.
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